Démarche artistique
L'art de l'immobilité
Je peins lentement car j'ai peur de perdre ce qui est réel.
Dans nos vies trépidantes, nous nous précipitons souvent d'un endroit à l'autre, les yeux rivés sur nos téléphones. Nous sommes devenus experts pour aller vite, mais nous avons cessé de remarquer le monde qui nous entoure. Mon travail commence lorsque je choisis de ralentir. Je range mon téléphone et je me contente de regarder ce qui est juste devant moi.
Quand on prend le temps d'être attentif, la ville s'anime. On commence à voir la beauté d'un jardin de quartier ou le caractère unique d'un pigeon sur le trottoir. Ce sont les petits trésors discrets des rues qui illuminent un peu nos vies quotidiennes. Je peins ces moments pour capturer la beauté du présent — la simple joie d'être exactement là où l'on est.
Nous vivons dans un monde où tout est rendu plus rapide et moins cher, de nos vêtements à nos idées numériques. Si cette efficacité est utile, elle a un coût : nous perdons le contact avec le fait main. Les artisanats traditionnels, des techniques artisanales françaises au patrimoine japonais, disparaissent lentement parce que nous avons oublié la valeur de prendre notre temps.
J'ai obtenu un BFA de Parsons Paris, où j'ai beaucoup appris sur la technologie moderne et les médias numériques. Cependant, j'avais souvent l'impression que « l'idée » derrière un projet était plus valorisée que sa réalisation. Je me suis retrouvée à aspirer à une connexion plus profonde avec les choses que je crée.
Ayant vécu loin de chez moi depuis l'âge de 15 ans, j'ai réalisé que ma véritable identité est ancrée dans le dévouement japonais à la qualité et à l'artisanat durable. C'est pourquoi j'ai choisi d'étudier le Nihonga, un style de peinture japonaise traditionnelle.
Nihonga est un acte d'amour et de patience. Il commence par la préparation de papier washi spécial et le broyage à la main de pigments bruts. C'est un processus lent et complexe qui ne peut être ni précipité ni automatisé. Pour moi, c'est plus qu'une simple technique – c'est un mode de vie. En choisissant la voie de la « lenteur », j'espère maintenir ces belles traditions en vie et rappeler aux autres qu'il y a encore de la magie dans les choses faites avec du temps, du cœur et des mains humaines.