- Technique - Contre la disparition

Je peins lentement parce que j'ai peur de perdre ce qui est réel.

Nous vivons dans un monde qui va vite, où les images sont copiées à l'infini, où les concepts priment sur l'artisanat, et où même les choses que nous consommons quotidiennement sont façonnées par des processus artificiels. La vitesse est devenue une valeur en soi. Mais dans cette accélération, quelque chose d'essentiel semble fragile : l'attention, la présence et le savoir silencieux porté par les mains humaines.

Les métiers traditionnels sont bâtis sur le temps. Sur la répétition, la patience et la transmission. De nombreux artisans dédient leur vie entière à des compétences affinées au fil des siècles, mais luttent pour survivre dans une économie qui ne récompense plus la lenteur. Quand je pense à la disparition de leur travail, je ne vois pas de nostalgie — je vois une forme d'amnésie collective. Nous oublions comment les choses sont faites. Nous oublions le temps qu'elles prennent. Nous oublions ce que signifie prendre soin profondément des matériaux.

J'ai choisi le Nihonga non seulement comme médium, mais comme une manière de vivre avec le temps. Travailler avec des pigments et des minéraux naturels me force à un rythme différent. Chaque couche demande de l'attente, de l'attention et l'acceptation de l'imperfection. Le processus lui-même devient une forme de méditation — un dialogue entre mon corps, le matériau et ceux qui l'ont préparé avant moi.

J'ai quitté le Japon à quinze ans. Pendant longtemps, je me suis sentie suspendue entre deux cultures, ne sachant pas où j'appartenais. Le Nihonga est devenu un moyen de renouer avec quelque chose de plus profond que la géographie : une sensibilité, un rapport au silence, aux saisons, aux changements subtils. À travers la peinture, j'ai commencé à comprendre que l'identité n'est pas quelque chose que l'on revendique, mais quelque chose que l'on pratique.

Mes images proviennent souvent de la mémoire — moments d'immobilité, rencontres fugaces, petites scènes qui demeurent sans explication. Je n'essaie pas de contrôler leur signification. Comme Marcel Duchamp a publié l'essai Le Créateur et l'Exécutant, je crois que le spectateur achève l'œuvre. Ce qui importe n'est pas ce que j'avais l'intention de faire, mais ce qui résonne dans l'espace entre nous.

En fin de compte, mon ambition n'est pas seulement de créer des tableaux, mais de contribuer à un écosystème de fabrication plus large. Je rêve d'utiliser mon travail pour soutenir et collaborer avec des artisans — laqueurs, sculpteurs bouddhistes, céramistes — dont le savoir incarne la résilience et la profondeur.

Dans un monde obsédé par la production de plus, plus vite, je choisis de rester avec moins, plus lentement, et réel. Peindre, pour moi, est une manière de résister à la disparition.

 

L'histoire de mon arrivée ici

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Dans un monde obsédé par l’efficacité, j’ai rangé mon téléphone pour retrouver la « petite observatrice » qui se cache derrière le caractère rebelle des pigeons citadins et des fleurs des rues.

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